Au fil du temps... ..Histoire de la commune de Tomblaine et du Maréchal Molitor (1770-1849)
Jean-Jacques Molitor, l'Officier de Justice
L'ascension sociale en Lorraine (ca. 1682 - 1760)
Le XVIIIe siècle s'ouvre sur un monde en pleine mutation. C'est le Siècle des Lumières, où les idées nouvelles commencent à circuler, mais pour Jean-Jacques Molitor, né vers la fin du règne de Louis XIV, la réalité est encore celle d'une société d'Ancien Régime, profondément ancrée dans ses traditions. Originaire de Saint-Avold, Jean-Jacques incarne une première forme d'ascension sociale. Il quitte le statut non documenté de son père pour embrasser la carrière d'officier de justice.
Ce n'est pas un noble, mais il n'est plus un simple paysan ou artisan. Un officier de justice est un rouage essentiel de l'administration seigneuriale ou royale locale. Il représente la loi, règle les différends, enregistre les actes. Ce métier exige une maîtrise de l'écriture et du droit coutumier, plaçant Jean-Jacques dans la catégorie des notables de sa communauté.
Sa carrière le mène à travers la Moselle. D'abord à Florange, puis à Richemont, où il fait un mariage stratégique. Le 13 février 1714, il épouse Marie Becque, fille de Georges Becque, le maire royal de Richemont. Cette union le connecte au pouvoir local et renforce sa position. Finalement, il s'installe à Hayange, un bourg qui deviendra le berceau de la famille pour plusieurs générations. Hayange, niché dans la vallée de la Fensch, est déjà à l'époque un lieu où le minerai de fer affleure.
L'industrie sidérurgique, incarnée par la famille de Wendel, commence à y prendre son essor, promettant un avenir économique à la région.
Jean- Jacques y deviendra officier de justice pour les seigneuries d'Hayange et de Fleurange (Florange), et est même qualifié d'"Avocat à la cour" dans un acte de 1724, signe de sa compétence et de sa réputation.
La vie de Jean-Jacques est cependant marquée par la dure réalité de son temps : la mort omniprésente. Sa première épouse, Marie Becque, meurt jeune, le 12 août 1718, seulement onze jours après avoir donné naissance à leur quatrième enfant, Anne-Françoise, qui ne lui survivra que de quelques mois.
La nécessité d'avoir une mère pour ses jeunes enfants et d'assurer la continuité de sa lignée le pousse à se remarier rapidement. Le 18 octobre 1718, à peine deux mois après son veuvage, il épouse à Hayange Marguerite Stoltz, originaire de Metz et fille d'un marchand. Elle lui donnera sept autres enfants, consolidant ainsi la famille.
La liste de ses enfants documentés est un témoignage poignant de la mortalité infantile de l'époque. Sur onze enfants nés de ses deux unions, seuls quatre semblent atteindre l'âge adulte.
De son premier mariage avec Marie Becque, sont nés:
Georges MOLITOR (né le 15 novembre 1714). Son baptême illustre le statut de la famille : son parrain est son grand-père maternel, le maire de Richemont, et sa marraine n'est autre qu'Anne-Marguerite Meyer, l'épouse de Jean-Martin deWendel, le puissant maître de forges et seigneur d'Hayange. Ce choix montre l'estime dans laquelle le seigneur tenait son officier de justice. Les archives ne précisent pas la suite de sa vie.
Marie-Catherine MOLITOR (née le 30 décembre 1715, décédée le 12 octobre 1726). Elle meurt à l'âge de 10 ans.
Jean-Benoit MOLITOR (né le 21 mars 1717, décédé le 16 juin 1722). Il s'éteint à l'âge de 5 ans. Fait notable, il obtient l'autorisation d'être inhumé dans l'église d'Hayange, un honneur réservé aux notables.
Anne-Françoise MOLITOR (née le 1er août 1718, décédée le 5 février 1719). Elle ne vit que six mois, emportée peu après sa mère.
De son second mariage avec Marguerite Stoltz, sont nés :
Jean-Baptiste MOLITOR (né le 22 novembre 1719). Son parrain est Jean-Baptiste de Wendel, fils du seigneur, confirmant les liens étroits avec la plus puissante famille de la région. Il deviendra brigadier des fermes du Roi à Thionville, une position dans l'administration fiscale royale. Il se maria deux fois.
François-Isaïe-Joseph MOLITOR (né le 6 novembre 1720, décédé le 12 novembre 1720). Il ne vit que six jours.
Marie-Christine MOLITOR (née le 12 novembre 1722, décédée le 16 mars 1727). Elle décède à l'âge de 4 ans.
Catherine MOLITOR (née le 22 mars 1724, décédée le 30 décembre 1794). Elle a vécu jusqu'à l'âge de 70 ans, traversant presque tout le siècle et connaissant la Révolution française.
Jean-Charles MOLITOR (né le 5 mars 1726). Il est celui qui portera le nom et l'héritage de la famille à travers les bouleversements de la fin du XVIIIe siècle.
Anne MOLITOR (née le 2 mai 1730, décédée le 21 novembre 1731). Morte à l'âge d'un an et demi.
Henry MOLITOR (né le 13 mars 1734, décédé le 24 juin 1740). Décédé à l'âge de 6 ans.
Jean-Jacques Molitor s'éteint le 10 janvier 1760 à Hayange, à un âge avancé pour l'époque, probablement autour de 78 ans. Il laisse derrière lui une famille solidement établie, respectée, et connectée aux forces vives de sa région. Il a transformé le simple nom hérité de son père en celui d'une lignée de notables. C'est son fils, Jean-Charles, qui allait perpétuer la lignée familiale et dont nous suivrons l'histoire dans le chapitre suivant, un homme dont la vie sera le théâtre des plus grands bouleversements que la France ait jamais connus.